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Express Nord Sud car bariolé Je monte m’installe à côté D’un vieux emmitouflé Une barbe blanche et drue Dépasse de sa capuche touffue… Sur le côté un soldat enivré Sur deux sièges affalé Ronfle fatigué Une femme à l’arrière Berce un bébé qui tète Silencieuse et triste Accompagnée D’une grand-mère intentionnée Au visage tatoué…
Deux jeunes femmes devant Dans leurs habits moulants Auréolées de bijoux à profusion Se racontent les feuilletons En rêvant d’un mari beau et bon Se plaignent des harcèlements Des jeunes des adultes des vieux Dans la rue dans le bus au travail Même les femmes voilées Et les personnes âgées Ne sont pas épargnées Ni civisme ni respect Langage insolent Monnaie courante À la moindre étincelle La violence règne… Un jeune couple derrière Ecoutent Essaher chanter Les célèbres poèmes de Kabani… A l’arrière du car Sur deux sièges mal fixés Deux touristes enchantés Apprécient l’authentique Flashent l’exotique Un guide du routard à la main… Ce car agrémenté D’un délabrement avancé Ce corbillard d’une mort annoncé Un jour dans un virage asphalté… Le chauffeur grimpe lourdement Accompagné de son Graissoune S’installe dans son siège Quelques coups de klaxon Quelques vrombissements Il démarre en trombe Malgré la circulation Allume cigarette Et radio cassette La voix d’un prédicateur fuse Inonde l’espace et le voisinage Réveil en sursaut des dormeurs Les têtes sortent des capuches Mon voisin se redresse Me salue jette un regard A travers la vitre issue de secours Sur le plateau aride de l’été Cailloux Halfa parsemés Au fond le majestueux Ayachi dressé Dans l’attente de sa neige immaculée La lumière éblouissante est arrivée Le soleil du matin se pointe pressé Dans ses bagages pour la journée La canicule qui s’annonce en maître Géhenne et punition terrestre… Villages aux cimes uniques L’envoûtement magique La voix de Cherifa Les chants de Ruicha Et tamawayt de Hada Ouaki Baignent mes rêveries Les paysages défilent toujours Ce départ hâtif écourte mon séjour… Le chauffard roule vite Conduite inconsciente S’arrête de temps en temps Pour rajouter et entasser D’autres voyageurs épuisés Qui attendent depuis l’éternité Au bord de cette route désertée Lgraissoune compagnon du chauffard Méprisant voyou et roublard Encaisse l’argent des billets Sans donner de tickets Bouscule grogne et somme Les campagnards fatigués De s’asseoir par terre Entre les sièges dans l’allée … Des chiens sauvages errants Attendent sur le bas côté Leurs lots de pain jeté Par des chauffeurs attentionnés… Après un long trajet d’épuisement De fatigue de sueur d’étouffement Et l’odeur d’échappements Le car s’arrête finalement Dans une bourgade animée De chaque coté De la route goudronnée Gargotes et terrasses de café Épiceries aux fruits exposés Boucheries et viande étalée Prête pour des grillades ambrées Les voyageurs se précipitent d’emblée Hors du car vers l’entrée De la première gargote Recherchant la fraîcheur… Dans le café le chauffard S’installe s’étale tel un Caïd Devant une table bien remplie De brochettes d’un Tagine garni Du pain et un plateau de thé Il mange prend son temps Au frais du gargotier content Dans le tumulte passe le temps Quelques voyageurs font les cents pas D’autres ne se reposent pas Sur leurs sièges attendent le départ Des mendiants envahissent le car Des enfants et jeunes vendeurs Harcèlent et supplient les voyageurs D’acheter ou donner la Sadaka Allah donnera la Baraka Un musicien violoniste édenté Visage long sec et balafré Signes de bagarres et beuveries Chante voix éraillée Tamadiazte Relatant la vie cruelle de Tamazirte Les gens lui donnent un peu d’argent Le retour de Lagraissoune inattendu Fait déguerpir les intrus… Après un long moment Le chauffard omnipotent Est au volant Quelques coups de klaxon Quelques vrombissements Puis repart en trombe Pour rattraper le temps Double imprudemment Frôle une carriole avec femme et enfants Le vieux bonhomme assit près de moi Balbutie la Basmala protectrice Quelques cris s’élèvent étouffés La femme devant effrayée Les mains serrant son bébé Invoque les Saints de la région Dans la panique et l’affolement Seuls sont impassibles Le soldat enivré Qui dort toujours à poings fermés Et le prédicateur Oriental Du radio cassette du chauffard Qui accuse et charge avec hargne L’Occident et l’Amérique De tout le mal vivre de la planète… Plus loin un barrage de contrôle En vue deux gendarmes A l’ombre du seul arbre du coin Le car s’arrête grincement des freins Après conversations Hésitations et conclusions Le chauffard récupère son permis Puis repart en trombe Pour rattraper son temps Nos vies entre ses mains… Mohamed Aouragh Chambéry-France
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