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Au Douar ce matin La visite inopinée De ce citadin endimanché N’annonçait rien de bien…
Au retour de l’école Marchant à travers les terres Accompagnée de tes frères Un présage ce jour là Ne trompait pas… Ce citadin sournois Arrogant levant la voix Venait pour t’arracher Venait pour t’emmener En ville pour travailler Comme bonne assujettie Dans une famille éloignée…
Tu serais chanceuse Et ta famille si nombreuse Recevrait de l’argent et des biens Pour améliorer son quotidien… Au début l’accueil fut chaleureux Le travail tyrannique et laborieux Tu n’avais que dix ans Tout juste l’âge de raison… Première levée Dernière couchée Esclave asservie Tu dormais dans un réduit… La dame de la maison Devenait exigeante Puis menaçante Souvent violente… À longueur de journée Tu étais sollicitée Servir madame monsieur Leurs enfants capricieux Le dernier te tirait les cheveux Te faisait les gros yeux Te menaçait te frappait Puis se plaignait Et pleurnichait… Lorsque le soir arrivait Tu servais le dîner La vaisselle tu la faisais perchée Sur un vieux tabouret Pour atteindre l’évier Puis tu t’asseyais Sur ce même tabouret Très loin de l’assemblée Exténuée à lutter Harassée et usée Par le travail des longues journées Ton Douar te manquait Et ta famille que tu chérissais… Si madame dormait Ou bien sortait Monsieur égrainait Machinalement son chapelet Avachi sur le canapé Zappant les chaînes de télé Tu n’étais pas rassurée De rester à ses côtés Depuis qu’il avait caressé Tes longs cheveux tressés Regard malsain et noirci Cette nuit tu n’avais pas dormi… Un jour tu t’es oubliée Devant cette grande télé Fascinée captivée À regarder à admirer Un dessin animé Le Tagine a brûlé Tu as paniqué Terrorisée affolée De peur d’être frappée Tu es partie effondrée… Toute seule perdue Dans cette ville méconnue Cette maison Devenue ta prison Tu devais la quitter En sortir t’évader… Toute la journée Tu as erré attristée À travers les rues Puis la nuit est venue Anéantie et meurtrie Tu t’es blottie Dans une entrée D’un immeuble délabré Au moindre bruit De pas qui résonnait La peur te terrassait… Une femme t’a trouvée Elle t’a consolée Tu lui as conté Tes douleurs passées Elle t’a soignée Elle t’a rassurée Et t’a confiée À l’association du quartier Qui se préoccupe Et s’occupe Des enfants abandonnés Cette rencontre inespérée Cette chance que tu as eue T’ont arrachée À l’enfer de la rue… Mohamed Aouragh Chambéry-France
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